Visite mensuelle à Cynthia visite ce jour au  Centre de Gitagata
La gratitude n'est pas un déni de la difficulté. 
C'est reconnaître ce qui tient debout malgré la tempête

Mission 18 – gitagata visite mensuelle à cynthia

visite ce jour au  centre de gitagata
hier midi, j’ai quitté le Sud-Kivu pour rejoindre Kigali avec grâce.

Nous avons pris le bus, puis, une fois arrivées à la tombée du jour, vers 17h, nous avons traversé la ville à moto jusqu’au centre saint-paul. Kigali vibrait de son énergie habituelle, et déjà je sentais la fatigue des transports accumulés : bus, motos, remotos… tous filaient à une allure folle, comme une rivière qui serpente entre les voitures, fluide, rapide, presque vivante.
Ce matin, nous sommes reparties tôt, direction le sud, vers nyamata, pour la visite mensuelle de Cynthia, accueillie au centre de réadaptation de gitagata.
Arrivées devant la grande porte du centre, nous avons rejoint le bureau de Joséphine, la directrice. Une femme remarquable, calme, ferme, d’une compétence rare. Elle dirige ce centre où vivent près de 500 enfants de 10 à 18 ans, ainsi que des adultes en réinsertion. C’est elle qui, il y a deux ans, m’a aidée à sauver Cynthia du marché où elle survivait seule, à dix ans à peine.
Chance ... Je vois Joséphine au loin, et presque au même moment, Cynthia apparaît, pas très loin derrière. Elle a grandi d’une tête. Elle a forci aussi. Elle n’est plus l’enfant maigre, nerveuse et affamée que j’avais trouvée parmi les étals. Elle marche droit, elle sourit, elle me serre dans les bras.
Une métamorphose visible.​..on me dit qu’elle a progressé de 60 à 70 % !..elle ne vole plus,​ elle a une bonne hygiène, elle est très sociable elle l’a toujours été elle est devenue étonnamment calme et polie.
À peine m’a-t-elle embrassée qu’elle me présente spontanément son psychologue. Elle se met un peu sur le côté, presque fière, presque adulte, pour me laisser parler avec lui.
Le centre est extrêmement bien organisé ..contrôle des sacs, listes de visites, interdiction de photos, téléphones gardés à l’entrée. J’aurais tellement voulu une photo avec elle… mais je respecte cette règle essentielle pour leur sécurité.
Petits cadeaux, grande joie​....nous avons trié ensemble les vêtements. J’étais persuadée que ses pieds étaient trop petits pour les baskets que j’avais apportées : erreur ! Elles lui vont parfaitement.
Les pantalons, chemises, sweats, vestes .. Tout lui va.
Mais son trésor préféré… un petit sachet contenant deux mini-figurines playmobil ..une petite fille aux cheveux noirs, une autre blonde.
Elle s’est mise à jouer aussitôt, comme si elle reprenait une part d’enfance qui lui avait manqué.
Quand je lui ai demandé si elle était heureuse, elle m’a répondu « oui », avec une simplicité touchante.
Et ce qu’elle préfère dans le centre ?
« le riz et les mangues », a-t-elle dit en souriant.
Les fragilités qui demeurent​ son grand enjeu, ce sont ses études.
Elle est encore en première primaire. Elle n’a pas pu passer en classe supérieure ou en est redescendue. Elle ne sait pas lire. Ni écrire.
Quand je lui ai demandé d’écrire son prénom, elle a fait trois petits ronds puis m’a simplement regardée et m’a dit qu’elle ne savait pas...
Son psychologue david m’a expliqué qu elle fait encore pipi au lit, son insécurité est profonde, les traumatismes du marché restent très ancrés.
Cynthia a dormi toute son enfance dans la rue, dans les marchés, dans des endroits instables, dangereux. Son corps et son esprit portent encore ces traces.
Elle est aujourd’hui plus calme, plus douce.

Elle a perdu une part de son exubérance, de son humour vif. Elle est affectueuse​, elle m’a serrée plusieurs fois dans ses bras, m’a donné des bisous, et au moment du départ, j’ai vu une larme rouler sur sa joue.
Moi-même, sur la moto du retour, j’étais dans un brouillard lourd,  le paysage s’est flouté un instant​...un silence intérieur.​ s​ur sa situation familiale et l’avenir​ joséphine m’a rassurée cynthia peut rester dans le centre, elle y est bien, heureuse, stable. Il faudra des années pour réparer ce qu’elle a vécu.
Une femme du marché avait téléphoné pour dire qu’elle souhaitait « récupérer » Cynthia, mais Joséphine, rigoureuse, a rappelé que la loi est claire  il faut un lien familial avéré.​ il semble que les parents de cynthia seraient à Goma, au Congo, mais sans plus d’informations.
Je reviendrai la voir dans un mois ou deux. Ce n’est pas la porte à côté, mais son petit visage, ses yeux légèrement bridés, sa douceur nouvelle… tout cela donne du courage pour tenir.
Fin de journée​ nous avons repris une moto, puis un bus dans la poussière rouge du bugesera. Grâce était silencieuse. Moi aussi. Dans ma tête, revenaient les images​ de ses bras autour de mon cou, sa larme, son rire avec les petits playmobil.​ 

Cynthia est encore en long chemin.
Mais elle est en vie, protégée, nourrie, aimée.
Et ça, c’est déjà immense.

Quand je suis remontée sur la moto pour repartir,
la larme de cynthia, mes bras encore pleins de son étreinte, la poussière du bugesera… tout cela se mélangeait dans un silence dense.
Mais au milieu de cette émotion, une certitude : elle est en sécurité.

Comme le dit marie, mon amie qui connaît si bien le rwanda « c’est plus qu’immense… c’est vraiment merveilleux. »​ oui, merveilleux de savoir que Cynthia vit enfin dans un lieu où elle est protégée, entourée, respectée.​ merveilleux de la voir heureuse, de la voir jouer, de la voir tenir entre ses doigts deux petites figurines comme si elle retrouvait un morceau d’enfance qu’on ne lui avait jamais laissé vivre.

Bien sûr, sa reconstruction intérieure prendra du temps.​ les blessures du marché, les nuits sans toit, les peurs anciennes ne s’effacent pas en quelques mois.​ mais depuis deux ans, elle vit dans un centre qui lui permet de s’ouvrir, de s’apaiser, de se relever.​ et cela n’a pas de prix.

Merci à cette institution, à Joséphine, à toute l’équipe, qui offrent chaque jour stabilité, cadre et avenir à Cynthia et à tant d’autres enfants.
Dans ce pays où tant ont manqué de toit, de mots, d’écoute, un lieu comme gitagata devient plus qu’une structure c’est un sol, un refuge, un recommencement.Alléluia  

ChanMoon with peace

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