Des ailes à Mababa, il a reçu un billet de cent dollars. Un Américain en rue, le lui a donné,sans explication, comme on fait un geste rapide avant de disparaître.
Mababa n’a pas gardé le billet. Il l’a confié à un voisin pour qu’il l’échange en ville. Le voisin est revenu avec soixante-quatre mille francs rwandais. Il s est servi au passage!
Avec cet argent, Mababa a acheté quatre poules. à huit mille francs chacune. Trente-deux mille francs. Il les a données à sa mère et aussi dix mille francs rwandais. Puis il a donné deux mille francs à son copain Gatoto, qui a profité de manger des beignets à profusion! Et un peu aux autres membres de sa famille. , L’argent est parti très vite.
Il m’ a raconté l’histoire plus tard.
Je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas donné l’argent directement à sa mère. Elle aurait pu acheter de l’alcool avec...Je lui ai demandé aussi pourquoi il ne l’avait pas donné à sa mère ou à sa famille.
Il a répondu calmement ...Ils ne me l’auraient pas rendu.
Je lui ai demandé s’il lui restait quelque chose. Un peu. Pour m’acheter quelque chose. Il n’avait plus rien.
Alors je lui ai demandé comment les poules allaient se nourrir.
Il a réfléchi, puis a dit qu’il chercherait des pièces de monnaie. Ou qu’il les laisserait sortir le soir, pour qu’elles picorent des insectes, de l’herbe, ce qu’elles trouveraient.
Plus tard, Mababa est revenu. Il m’a demandé s’il pouvait vendre une poule pour nourrir les trois autres.
Je lui ai dit de les élever. De les manger le moment venu. De vendre les abats.
Je lui ai expliqué que l’argent venait d’un donateur d'une chance, qu’il n’était pas apparu de nulle part, et que s’il en gagnait à nouveau, il pouvait aller voir une personne de confiance cette fois, demander de l’aide, prévoir ses dépenses, sans avoir besoin de s’enfuir.
Nous avons terminé la conversation là.
Les poules étaient encore vivantes.