MISSION 18
JOUR 0
Entre jeudi 13 et vendredi 14 ...Le passage
Comme pour presque toutes mes missions, Umugwaneza est là. Toujours présent au moment juste, un peu comme un ange gardien. Cette fois encore, il vient prendre mes bagages trois valises bien pleines et j’espère que ma balance de salle de bain ne s’est pas trop trompée.
Nous nous engageons sur la route vers l’aéroport, dans le matin encore dense. Je quitte la maison, mon chat encore un peu vexé de me voir partir. Il m’a boudée hier soir, mais il est venu se blottir malgré tout la nuit. …l’Esprit Saint veille portent et calment mes questions....
À l’aéroport, beaucoup de monde. Je fais un dernier signe à mon ange gardien et je file acheter des pansements pour Gilbert et encore de la Flaminal, chère mais indispensable.
Je ne sais pas ce qui m’attend ou plutôt je le sais trop bien.
Pourtant, quelque chose en moi s’est posé cette fois, une confiance ténue mais réelle.
Les valises passent sans difficulté malgré les 6 kilos en trop. L’employé de Turkish ne dit rien. Ma veste orange pour Aristide, les livres empilés, ma petite valise qui part en soute… Soulagement.
Dans le petit train d’assistance, une scène me surprend. Une jeune employée voilée explique à sa collègue qu’un garçon “complètement barge”, dit-elle en riant vient en Belgique “chercher du travail”, comme si l’argent tombait du ciel. Et ce qui me frappe, c’est le paradoxe le garçon dont elle parle est lui-même marocain. Cette lucidité des jeunes d’aujourd’hui… les mots une clarté sans détours, même lorsqu’ils parlent des leurs. Une génération qui n’est ni naïve ni dupe. Une génération fragile qui voit loin.
Le monde change, même dans ces couloirs d’aéroport où défilent toutes les vies possibles.
Je m’installe dans l’avion Turkish. Trois heures de vol.
À côté de moi, une maman qui n’a plus pris l’avion depuis vingt ans, près d’elle sa fille. Je prends un café et regarde les nuages. Un continent virtuel intérieur, qui me porte et me relie. 18eme souffle de vie...
Dans l’avion, je regarde un beau film sur la vie de Dylan.... The answer, my friend is blowin’ in the wind…Et pile au moment où je quitte un monde pour un autre.... Entre ciel et terre... entre Kigali et Bruxelles, entre mon chat qui me boude et mon Gilbert qui attend les pansements, entre les jeunes à l’aéroport qui découvrent la vie et moi qui traverse encore une 18 eme fois le passage invisible entre deux continents…How many years... the answers are blowing in the wind? Dans la chanson, Dylan répond …The answer is blowin’ in the Wind....
Autrement dit. Depuis toujours et pour toujours…
La réponse est là, partout, mais il faut marcher, voler, aimer, tomber, recommencer pour les entendre...
Et je les entends dans les valises trop lourdes, les pansements qu’on achète en courant, la musique, Umugwaneza Ange gardien, les sourires…Back to Kigali again in the rain and smile…
Mes réponses ne sont pas encore là …ou peut-être qu’elles m’accompagnent déjà, dans l’air, dans le silence, dans ce passage entre deux mondes.
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