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Lundi : retour à l’hôpital après le tumulte de vendredi

Publié par Sarahmoon sur 1 Décembre 2025, 22:10pm

Lundi : retour à l’hôpital après le tumulte de vendredi

Après les événements éprouvants du vendredi, je suis retournée ce lundi à l’hôpital pour voir Gilbert. Avant d’y aller, j’ai envoyé un message à la cheffe de chirurgie ainsi qu’au service social pour demander des nouvelles, vérifier s’il avait été lavé, et annoncer que j’apportais des vêtements propres.

J’ai également tenté d’obtenir un entretien avec l’assistante sociale, mais elle n’était pas disponible.
Le chef de chirurgie m’a confirmé que les soins étaient prévus et que des vêtements avaient bien été portés à Gilbert.

Quand j’arrive, Gilbert est dans son lit. Les infirmiers sont en train de faire les pansements et de nettoyer les escarres. Je range tout autour de lui — nourriture, affaires personnelles, boîtes, vêtements — pour remettre de l’ordre.
Le service cantine arrive : un grand plat d’haricots, choux, riz et frites. Je nettoie correctement sa place pour qu’il puisse manger.

Et là… je découvre un Gilbert très différent.
Ce week-end seul, ainsi que le choc de vendredi, semblent l’avoir transformé. Je le vois se lever légèrement pour aider à ajuster sa couverture, aider l’infirmier, réagir spontanément à ce qu’on lui demande.
Il commence à manger. Après dix minutes, il me dit : « Ça va, c’est bon. »
C’est la première fois, depuis que je suis ici, qu’il exprime quelque chose ainsi, sans qu’on lui arrache les mots.

Je lui montre le petit carnet de prière que je lui ai acheté en kinyarwanda.
Je lui parle doucement :
« Si tu veux sortir, Gilbert, il faut manger, il faut être fort. Fais un cadeau à Jésus. »

Il lit.
Il lit parfaitement.
C’est une surprise totale, car ce n’était pas du tout son attitude jusqu’ici.

J’ai vraiment l’impression qu’il s’est détaché d’une forme de dépendance, comme s’il comprenait que rester totalement passif ne le sortirait jamais ni du lit, ni de l’hôpital, ni de cette vie suspendue.
Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête, mais c’est une réaction saine : il s’occupe un peu de lui-même.

Je lui dis que jeudi je pars voir Cynthia, et que je ne serai pas là.
Il comprend tout de suite et me dit :
« Tu pars à Kigali ? »

On échange encore un peu.
Je l’embrasse.
Il est heureux.
Il regarde autour de lui avec un regard nouveau, presque soulagé que je ne sois plus fâchée et que les autres le voient dans une relation apaisée.

À côté de son lit, un petit garçon brûlé à la main et au visage hurle de douleur. J’ai prié avec lui et j’ai essayé de le nourrir : scène terrible, sans calmant, sans anesthésiant, une plaie à vif.
Je manque de tourner de l’œil et je me relève pour revenir vers Gilbert.

Je commence à réorganiser tout son espace :
– boîtes du matin
– boîtes du midi
– boîtes du soir
– matériel de soins
– nouveaux vêtements.

Gilbert reçoit exactement ce qu’il lui fallait :
trois pantalons amples, une grande chemise, trois t-shirts larges — parfait pour ne pas frotter sur les escarres.

Avec lui, j’installe le coussin anti-escarres sur son matelas.
Il coopère.
Il m’aide.
Un détail, mais un immense pas.

Je le quitte ainsi, propre, apaisé, nourri, mieux installé, avec sa Bible, ses beaux vêtements et un regard plus clair.

La photo dit tout.

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