Goma la joie !
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GOMA — MARS 2026
Newsletter « Mission 18 mars le mois des épreuves »
Mission 18 Ce mois-ci ressemble à une succession d’épreuves intérieures. Journal de passages intérieurs...
Rien de grave, une accumulation de petites secousses qui fatiguent
GOMA — LES PREMIÈRES HEURES
J'arrive à Goma presque à plat ventre. Essoufflée. Vidée. Monter un escalier devient une colle. On m'aide délicatement, marche après marche.
Je sens que mon corps est à bout.
La nuit est agitée. Le lac est juste là, au bord de l'hôtel. L'eau claque contre les murs et les pierres. Par moments j'ai l'impression d'être sur un bateau ou à Venise. Le bruit monte et redescend, comme une aspiration. Au matin, le calme revient.
Au petit déjeuner, je découvre un buffet royal. On a même retiré les pépins des pastèques ! Ce souci du détail me touche. Les Congolais ont vraiment l'art de recevoir.
Un membre du personnel de la réception vient me voir avec un papier. Il s'excuse. Il s'est trompé sur la facture que j'ai signé la veille 22 dollars au lieu de 16. Il a refait le document et veut corriger l'erreur. Ce geste me frappe. On dit souvent que les Congolais sont détrousseurs. C'est faux. Ici, je vois surtout de l'honnêteté. Petit à petit, la joie vient.
Il y a du porc dans mon assiette, une sauce à l'estragon, des palmiers immenses, des fleurs. La musique congolaise balance doucement, une rumba légère.
Le soir, le lac devient rose. Le coucher du soleil transforme tout. Et la nuit, sur l'eau sombre, apparaissent des points de lumière. Les pêcheurs sortent avec leurs lampes pour attirer les petits poissons. Les lumières bougent lentement dans l'obscurité, comme des étoiles posées sur le lac.
Même les bouteilles en plastique qui flottent parfois sur l'eau n'effacent pas complètement la beauté du lieu.
C'est cela, l'Afrique des Grands Lacs.
Le chaos et la grâce dans la même image.
Je regarde autour de moi. Les contrastes sont partout. Les motos passent avec deux ou trois passagers, sans casque. Les voitures se garent à moitié sur le trottoir. Des maisons noires, presque comme du charbon brûlé, côtoient des bâtiments neufs aux vitres brillantes. Partout des fils barbelés. Et pourtant, les gens te saluent « Bonjour. » Comme si tout allait de soi.
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LA FRONTIÈRE
Rien que de traverser la frontière tout change.
Hier encore, les enfants jouaient dans les flaques d'eau, comme tous les enfants du monde. Et puis on passe de l'autre côté. Ici, on remet le casque sur la tête des motos. Ils ne comprennent pas toujours. Il faut leur dire dix fois.
De l'autre côté, les gens sont très serviables.
Les femmes aussi sont différentes.
Ici, au Rwanda, elles sont plus longues, fines, minces, sérieuses.
Là-bas, elles sont plus rondes, plus souriantes. Tout dépend des goûts.
La nature, elle, est très belle de ce côté-ci.
De l'autre côté, ce sont des routes de pierre de lave, cassées, rugueuses. Alors on se demande ce que l'on préfère la sécurité, la beauté, ou le sourire et la sympathie. Les deux seraient mieux, difficile de choisir.
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UN DIMANCHE À GOMA
C'est dimanche. Le soleil est doux. Je suis très fatiguée et pourtant je ressens une émotion étrange. Je rentre de la messe. Une église, très vieille, colorée, avec des chants intenses et embaumant les parfums des femmes. Cette petite église Saint-Esprit au milieu de Goma débordet par les sorties plus de mille personnes.
Louanges.
Puis je descends à la piscine. L'eau est glacée. Je n'ai pas la force de nager. La musique passe quelque part une vieille rumba, puis soudain la voix de Caruso, puis Partirò de Bocelli. Les notes montent dans l'air. J’ai les larmes aux yeux tellement c'est magnifique.
Au Rwanda voisin, tout se veut moderne, ordonné, contrôlé. Et parfois l'émotion y est plus rare. Ici, à Goma, elle déborde de tous côtés.
Aujourd'hui c'est la Journée internationale des femmes. On prépare une fête. J'ai réservé pour quatre.
Les gens parlent, rient, s'organisent.
Je vais y participer avec Doudou, sa fille, et une jeune fille rencontrée le premier soir ici. Elle s'appelle Sarah.
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Ce matin, elle m'écrit. Je l'invite à se joindre à nous au buffet.
Elle me répond très sérieusement « On vient à trois ? »
Je lui réponds « Non, toi seule. »
Elles sont amusantes, ces jeunes filles.
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Il y a du soleil.
Un sentiment de liberté.
Et une joie poignante qui traverse la ville.
...je viens de rentrer de mes trois jours à Goma.
Jours qui m’ont fait du bien et qui m’ont aussi épuisée. La frontière, les motos, les routes de lave, les enfants dans les flaques, les pêcheurs qui sortent la nuit avec leurs lampes sur le lac… Tout cela est encore en moi. Et puis je reviens ici. Je croise un homme ivre. Complètement ivre. Il parle fort, avec cette assurance que donnent l’alcool et l’ignorance. Il affirme que Goma n’est pas sûre. Que c’est dangereux. Qu’on ne peut pas y vivre.
Je le regarde.
Je viens d’y passer presque quatre jours.
Je lui montre mes vidéos. La réalité. Les rues, les gens, la vie qui continue. Mais cela ne change rien.
Il continue à parler, comme si ce qu’il disait était plus solide que ce que j’ai vu.
À cet instant, je sens monter en moi une immense fatigue.
Ce n’est même plus de la colère. C’est autre chose.
La lassitude de vivre dans un monde où certains préfèrent leurs certitudes à la vérité. Leur délire à la réalité du terrain.
Je repense aux visages rencontrés là-bas. Elvis, Doudou, Sarah, …Les pêcheurs sur le lac. Les enfants qui rient dans l’eau. Les serveurs qui rectifient une facture parce qu’ils se sont trompés de quelques dollars.
Cette honnêteté simple qui existe encore.
Et je me dis que ce sont ces choses-là qui font conserve un pays. Pas seulement les routes, les hôtels ou les statistiques.
Mais des valeurs menues le sourire, la bienveillance, la droiture, la débrouillardise…elles disparaissent, quelque chose se lézarde.
Quant à la maison pour tous il y a aussi la chaise que nous avons fabriquée pour le petit Gilbert. Nous avons tellement réfléchi pour lui. Cherché une solution pour qu’il puisse tenir debout, apprendre, être mieux dans sa vie. Et pourtant, en la regardant, le doute revient. Est-ce vraiment possible ? Est-ce que nous avons bien fait ?
Il a maigri, devient dépressif, à 17 ans cloué dans un lit 24h sur 24, ce n’est pas une sinécure !
Il y a des jours où tout paraît être irréel... impossible les projets. Les convictions. Les certitudes.
Alors je me rappelle une chose très simple ....écrite depuis des mois sous mon mail...
Les choses les plus importantes dans la vie ne s’apprennent pas. Elles se vivent.
Et il faut continuer à marcher, léger, même quand le monde autour de nous semble perdre le sens vital.
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