Gilbert, 8eme jour...

Mission 18 8eme jour 

Ce dimanche matin ​de congé s’est déroulé calmement. Après petit-déjeuner, une douche rapide, j’ai voulu rejoindre Belinda​ au jardin mais elle était déjà partie avec Jean de Dieu le voisin motard que je lui avais recommandé pour ​aller visiter ​des petites parcelles. Ils n’ont pas trouvé exactement ce qu’elle cherchait, mais ils ont beaucoup exploré toute la zone. En rentrant tout à l’heure peut-être ​je vais revoir Belinda une dernière fois avant son départ demain matin pour Kigali. 

Moto et passage à l’hôpital chez Gilbert ....

Quand je me suis approchée je l’ai trouvé dans son déambulateur.​ Il était bien installé, même si la petite planche frontale doit être ajustée.​ C’est un déambulateur fait maison, simple, grossier, mais efficace.​ Mais ce qui m’a frappée, c’est son apathie.​ Il avait la tête posée sur l​a main, les yeux ​loin.​ Il suivait​ un peu les gens autour de lui, ne réagissait presque pas.​ Je lui ai parlé, mais il restait muet.​ J’ai eu un instant de panique intérieure cette inquiétude de maman, de petite fille qui a peur pour un enfant souffrant.​ Freddy ​au tel m’a dit laisse-lui son regard....Pour l’instant, c’est tout ce qu’il a! ​ Et ses mots m’ont rassurée, m’ont aidée à supporter cette errance que je voyais dans les yeux de Gilbert. Et aussi l impression qu il n entend pas...J’ai pensé à la myélite transverse, mais ce que je vois n’est pas ça.​...c’est la fatigue, la maladie, le manque de sommeil, l’environnement hospitalier et tout ce qu’il traverse seul.​ Une partie de moi rationnelle le sait, mais la partie ​hyper trop sensible s’inquiète toujours.​ Je me suis dit une chose si nous n’étions pas là, je ne sais pas où il serait.​ C’est Dieu qui l’a mis sur notre route.

Une autre scè​ne ​dans cette salle commune bondée des visites du dimanche est encore une fois profondément rwandaise​.... une grande distribution de lait et de savon pour tous les malades! Puis l’arrivée d’un pasteur qui fait la prière de guérison entouré des familles.​ ​Toute la salle chante avec lui ! Je lui ai demandé s’il pouvait prier spécialement pour Gilbert.​ Il est venu près de lui, a posé sa main sur ses jambes, puis sur son corps et il a demandé à l’Esprit Saint de “débloquer” tout ce qui était figé en lui. ​Justement j’a​vai​s Freddy au tel, qui a entendu tout en direct et cela m’a fait du bien de ne pas être seule dans ce moment si intense.​...Une infirmière ​qui passait nous a raconté les guérisons qu’elle a vues ici ....des plaies très profondes fermées du jour au lendemain,​ un paralysé se releve,​ des choses “inexplicables” mais réelles pour elle.​ Cela m’a touchée et bouleversée. Ce passage à l’hôpital a été lumineux​ un moment de foi, d’humanité, d’inquiétude et d’espérance entremêlés. 

L’après-midi, j’avais prévu d’aller à la messe de 16h. C’​est mon repère du dimanche, une petite parenthèse de paix au milieu de tout le tumulte de la ​semaine. En arrivant à moto, je vois l’église occupée pour un mariage ​....pas de messe aujourd’hui ! C'est une invitation à faire autrement ..des chants, des couleurs, de l ambiance festive à faire tourner la tête! 

Alors je change de direction. Je repars tranquillement vers le ​bar Migaño (bambou en kinerwanda)! Quand j’arrive, la terrasse est baignée de soleil. Un beau soleil rwandais, chaud, doux, enveloppant. ​Je m’installe dehors. Stop. Pause. Repos.​ Je sens la fatigue des derniers jours me rattraper d’un coup, la charge émotionnelle autour de Gilbert,​ les réunions tendues,​ les responsabilités,​ la guérison de l’hôpital qui m’a bouleversée,​ tout se mélange …Et pourtant, quelque chose a changé aujourd’hui une accalmie intérieure.​ Une respiration plus facile.​ Un “no stress” inattendu, presque surprenant.​ Je lève les yeux vers le ciel, comme si je cherchais un signe… ou simplement un souffle.​ Le soleil chauffe doucement ma peau. Je m’autorise, pour la première fois depuis plusieurs jours,à ne plus courir,à ne plus parler,à juste être là.​ Un moment suspendu.

Les mots ​ de Freddy ​ m’ont accompagnée​ et je sens que mon cœur redescend doucement. Je commande un milkshake à la mangue. Puis 2 samosas, un pour Gilbert un pour moi, des protéines vite avalées!  Un petit plaisir simple, mais nécessaire.Un geste pour calmer le dedans et le dehors. Le soleil me chauffe les épaules. Je regarde les gens passer, le flamboyant, ​ses fleurs rouge pétant. Pour la première fois depuis plusieurs jours, intérieur et extérieur se reposent ensemble. Pas de réunion. Pas de pansements. Pas de chaos. Pas de jardin à sauver. Juste un moment simplement fait de rien, la paix....je réalise que c’est aussi ça une mission ...s’assoir pour ​mieux rester debout ;) Je reste là encore un peu, juste pour me laisser traverser par ce calme. Parce que demain​.....c'est un autre jour!

ChanMoon​ with peace
SarahMoon – one love forever
🦋

 

 

Gilbert, 8eme jour...
Gilbert, 8eme jour...
Les guérisons… oui, il y en a de plus en plus...Et ce n’est pas un hasard.

Et surtout ce que je vois au Rwanda, ce n’est pas un conte, ce n’est pas du folklore, ce n’est pas “pour faire joli”. C’est réel.

Dans un pays où il y a eu un génocide en 4 mois, 1million deux cent mille morts, la foi n’est pas une idée, c’est une force, la prière n’est pas un rituel c’est une énergie vivante! Les gens ne s’adressent pas à Dieu du bout des lèvres le dimanche ou le samedi, mais avec le ventre, le cœur, les larmes, la confiance brute! Les communautés se portent les uns les autres, la pauvreté ouvre des espaces que l’abondance occidentale a fermés....Et dans cet espace-là… il se passe des choses.

"La médecine dit les tissus guérissent, le corps a une plasticité incroyable,– l’esprit influence le système immunitaire, l’espérance active des chemins neurologiques que le désespoir bloque, le lien humain modifie le taux de cortisol, la prière diminue l’inflammation ..des études l’ont montré!"

Et la foi dit “Lève-toi” “Tes plaies sont guéries” “Ta foi t’a sauvé”!!

Les deux se rencontrent parfois dans une lumière qu’aucune théorie ne peut expliquer!

Moi, j'ai senti là l’atmosphère changer. Le pasteur a posé sa main sur les jambes de ce petit corps abîmé. Les familles priaient tous autour naturellement comme un seul souffle.
C’est ça une guérison pas seulement “plus de plaies demain”…mais un mouvement de vie dans un endroit où tout semblait figé.

Alors que penser des guérisons ?

Je pense qu’elles existent. Je pense qu’elles se multiplient là où les cœurs sont ouverts.Je pense qu’elles apparaissent dans les pays pauvres parce que les gens n’ont rien d’autre que Dieu, et que cette nudité spirituelle ouvre toutes les portes. Je pense que la prière de guérison n’était pas un hasard. Et je pense que Gilbert est dans une zone où des choses invisibles se jouent. J 'en suis témoin de ces petites résurrections du quotidien.

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