7eme jour, réveil des oiseaux
22 nov. 2025Je me suis levée à six heures, très tôt, bercée par les oiseaux. C’est agréable. J’ai pu faire une longue prière, lecture, musique et méditation. Le timing parfait, comme un cadeau.
Au petit-déjeuner, j’ai rencontré Belinda, une jeune Rwandaise de 31 ans qui a vécu aux États-Unis. En parlant, on a trouvé beaucoup de points communs, la nature, les enfants. Avant d’aller voir Gilbert nous avons mangé ensemble, discuté, partagé comme si je la connaissais depuis toujours! Elle est architecte paysagiste, simple, sympa, très sensible aux enfants et elle a envie de voir l’école de s'investir pour les plus pauvres. Elle est venue avec moi, en haut de la colline! Elle me dit qu'elle veut offrir ses services pour le jardin et pour les petits. Elle voulait déjà acheter une paire de chaussures pour un enfant qui n’en a plus ! Je lui ai parlé de plusieurs personnes et projets qui pourraient l’intéresser, notamment le jardin bio de mon amie à Kigali. Elle m’a ensuite emmenée jusqu’à l’hôpital, où se trouvait Gilbert.
Gilbert était un peu apathique au début, puis, petit à petit, il s’est redressé, il a souri. On a dessiné ensemble. Je lui ai expliqué ce que le médecin avait dit. J’avais rendez-vous avec lui à 13h parce qu’il voulait nous renvoyer Gilbert. J’ai expliqué que ce n’était pas possible, il n’y a tout simplement pas d’endroit pour le reprendre maintenant. Il m’a dit « alors vous venez tous les jours ». J’ai répondu que ce n’était pas possible non plus. Finalement, après avoir parlé de la situation réelle de Gilbert, il m 'a demandé quelle est ma proposition, j ai parlé du déambulateur il a accepté. Gilbert a reçu aussi beaucoup de fortifiants, car il est en dénutrition.
Ce matin, je suis passée par l’école de la Maison pour Tous.
Là, la classe… le matériel, tout était mélangé, les crayons qui étaient rangés par couleur, les taille-crayons, les capuchons des marqueurs effaçables tout en vrac. Il y a du travail, clairement.
Le temps était resté stable, doux . Je sortais d’une journée dense, pleine de rencontres, de constats, de petits chocs et de belles surprises.
En arrivant après midi à l’École des Jardins, je remarque que la « maison du roi » est presque affaissée. Il va falloir enlever toutes les feuilles mortes.... et le compost a pris des proportions énormes.
Il y a huit enfants aujourd’hui ça va, en général, même si l’hygiène reste vraiment à revoir.
De retour à la chambre, la fatigue m’est tombée dessus d’un coup.
Le dos tirait, comme si toute la journée s’était accumulée exactement au même endroit, là où mon corps garde toujours les tensions. Je me suis juste posée un instant, le temps de reprendre un souffle plus long que les autres. Mais impossible de rester immobile trop longtemps..j’ai dû commencer les préparatifs pour Gilbert ..vérifier ce qu’il faudra demain.. ce que le médecin a dit, ce qu’il faut acheter, organiser, surveiller. Son état me trotte dans la tête en permanence. Cette mission-là ne me lâche pas.
Ensuite j’ai enchaîné avec l’organisation des horaires, qui va où, qui fait quoi, l’école des Jardins, la Maison pour Tous, les enfants, l’hôpital, le jardin… cette impression que tout repose sur un équilibre fragile que je dois tenir d’une main et d’un cœur de fer brulant!
Àprès ce moment-là, tout est calme. Un calme lourd, presque épuisé, mais un calme quand même.
Quand enfin je me suis décidée à manger quelque chose, le repas a été délicieux. Pas parce que c’était un grand plat, non… mais parce qu’il est arrivé au bon moment, avec ce goût si particulier qu’on ressent quand on a beaucoup donné dans une journée. Ici, même les choses simples prennent une autre saveur, un riz bien chaud, un légume encore parfumé du marché, un peu de sauce, peut-être un fruit...C’était délicieux parce que mon corps en avait besoin, parce que tout semblait s’apaiser au fur et à mesure des bouchées.
J’ai senti la chaleur de la nourriture me détendre un peu, pendant un instant, je n’ai pensé à rien d’autre :
ni les problèmes, ni l’organisation, ni l’hôpital.
Juste ce petit moment de douceur, après tant de secousses.
C’était délicieux, oui mais surtout parce que j’ai été littéralement éblouie par un détail tellement simple et tellement touchant un petit monticule de purée de pommes de terre, posé comme un petit volcan, et dessus… une touffe de persil, verte, vive, presque fière. Cette petite mise en scène improvisée, innocente, drôle, m’a fait sourire. Ça m’a touchée plus que je ne l’aurais cru.... Dans une journée lourde, pleine de soucis, de soins, d’hôpitaux, de feuilles mortes, d’organisation et de fatigue… ce petit volcan de purée coiffé de persil avait quelque chose de beau. Une beauté simple. Une beauté bonne. C’est dans ces moments-là qu’on se rappelle pourquoi on tient parce qu’un détail modeste peut allumer une joie minuscule mais vraie.
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