JOUR 1 Traversée

Rubona Samedi 15 

Aujourd’hui a été une traversée. Une plongée immédiate dans la réalité rwandaise, dans la souffrance humaine, dans ce pays où je reviens toujours avec le même appel intérieur. J’écris ce jour alors que je viens seulement d’arriver, presque sans sommeil, dans une chambre encore silencieuse où le repas tarde et où mes émotions cherchent leur place. Un début de mission qui bouscule, dès les premières heures...J’ai quitté l’avion, pris la route, dormi quelques heures en voiture. À mon réveil, le lac Kivu s’étendait devant moi. Mais très vite, la priorité s’impose rejoindre Gilbert à l’hôpital.

Dès mon entrée dans le service, j’ai été confrontée à la détresse d’un homme au sol, en crise d’épilepsie, du sang, une agitation profonde. J’ai posé une main sur son dos d’un geste instinctif et la crise s'est apaisée. Les soignants et les accompagnants ont pris le relais. Le chaos était là, mais la présence humaine aussi.

J’ai trouvé Gilbert trempé, faible, les soins insuffisants, mais vivant. Aristide a veillé près de lui toute la nuit. Cette fidélité m’a soulagée. On a parlé avec les urgentistes, suivi les premiers examens, et accepté que l’échographie soit reportée au lundi, ce qui signifie une hospitalisation immédiate, nécessaire.

Gilbert l’urgence, la fragilité.

Une décision à prendre simple et pleine de bon sens, il a besoin d’être entouré médicalement. On a organisé ce qui pouvait l’être, nourriture légère, médicaments, hygiène, réponses rapides aux besoins du jour, acheté ce qui manquait, observé, essayer de comprendre comment l’aider à reprendre un peu de contrôle. À certains moments, l’émotion m’a submergée. Gilbert, affaibli, croyait que je refusais de lui donner à manger.

Sa tristesse m’a touchée. Mais très vite, il a retrouvé un peu de calme et nous avons parlé de sa santé, de sa manière de suivre son traitement, d'en être responsable, par des petits gestes pour l’aider à avancer. Je lui ai préparé un carnet, un planning simple, une structure. Pas des choses héroïques, seulement du soin, de la continuité, de la présence. La souffrance autour… et la nécessité d’être là!

On passe d'une salle à l'autre après les palabres longues mais utiles!

Les urgences étaient un théâtre de blessures, fractures, crises cardiaques, détresse respiratoire, cris. On arrive à la salle chirurgie.

J’ai prié intérieurement, puis ouvertement lorsque les personnes autour se sont jointes spontanément à la prière.

Pas comme un geste spectaculaire, simplement comme un souffle commun dans un moment difficile. Ce “merci” entendu ensuite n’était pas pour moi il était pour le réconfort partagé, la paix retrouvée, l’humanité qui circule lorsque rien d’autre ne tient.

La journée a été dense voyage, route, manque de sommeil, décisions importantes, urgences médicales, émotions, organisation, charge mentale. Rien d’exceptionnel pour ici simplement beaucoup pour un seul jour. Je suis fatiguée. Pas abattue, pas de panique, juste fatiguée. Et consciente que la suite demandera encore de la constance, de la patience, de la foi. Je suis ici Gilbert, pour les enfants, pour ce pays que je vois changer si vite. Je n’ai pas de certitude, mais j’ai la conviction d’être au bon endroit.

Et demain, il faudra simplement continuer.

Jour one une TRAVERSEE...Sans fin...
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